C'était un dimanche matin comme les autres, à ceci près que le soleil était bien là.
Son potager, toujours bien mis, comme une coupe de cheveux à la raie franche, était cerné d'un coté par deux indestructibles murs de granit, et de l'autre par une pelouse fraîchement égalisée par sa fille, qui tous les samedis, suivait la tondeuse vorace et loquace poursuivie d'un fil espiègle qu'elle devait rejeter au loin à chaque tour.
Son potager, toujours bien mis, comme une coupe de cheveux à la raie franche, était cerné d'un coté par deux indestructibles murs de granit, et de l'autre par une pelouse fraîchement égalisée par sa fille, qui tous les samedis, suivait la tondeuse vorace et loquace poursuivie d'un fil espiègle qu'elle devait rejeter au loin à chaque tour.
Mercredi haricots verts, dimanche haricots verts.
Munie d'un bâton qui la soutenait afin d'éviter que le sol se dérobe, ou plutôt que son pied ne se dérobe au sol, et d'un panier de cocote minute, vestige de ses années où la vie était encore plus forte que l'ennui, à deux, à trois puis à quatre.
Brisée au dessus des rangs verts et feuillus, elle plongeait sa main aux doigts raidis par les rhumatismes et à l'odeur de vieillesse, dans ces touffes irritantes afin d'en extraire les fruits et les laisser choir dans le panier d'aluminium patiné par les ans.
La demi tranche de jambon l'attendait au frais. Elle aurait souhaité accompagner le tout d'une tranche de pain beurré demi-sel, mais sa dentition ne lui permettait plus de terminer la demi-baguette de pain rassie de la semaine, et elle ne pouvait se résoudre à en acheter plus souvent. C'eût été gâcher.
